Dre Katie Lebel est professeure adjointe à l’Université Ryerson. Les recherches de Mme Lebel portent sur l’équité entre les genres dans le sport, plus particulièrement sur l’image de marque et le comportement des consommateurs. Ces travaux ont fait l’objet de plusieurs publications et de consultations auprès d’athlètes et d’organisations sportives. Mme Lebel est membre du comité scientifique d’E-Alliance. En 2020, elle a reçu un financement de l’E-Alliance pour poursuivre son travail de recherche sur les préjugés sexistes dans le sport et leur impact sur tous les aspects, de la couverture médiatique, aux subventions et à la façon dont les jeunes filles et les femmes participent ou non au sport.

Quand on évoque l’excellence sportive, des attributs tels que la puissance, la force et la détermination nous viennent à l’esprit. Mais ces caractéristiques sont-elles intrinsèquement masculines ? Pour la plupart d’entre nous, la réponse est non. Néanmoins, Professeure Lebel désire explorer les préjugés sexistes et la façon dont ils peuvent influencer notre façon de percevoir l’athlétisme, de soutenir les athlètes et de vivre le sport.

L’équipe de la chercheuse souhaite approfondir l’exploration de l’équité des genres dans le sport et aller au-delà de la simple notion de « bonne action » . Elle souhaite également étudier comment notre société a associé la masculinité aux prouesses athlétiques et à la valeur de l’athlète pour raconter ce qui se cache derrière les statistiques.

Une simple recherche sur Google illustre bien les paradigmes que son équipe examine. Lors des essais olympiques, @shotclock_media, un compte Twitter consacré au sport féminin, a partagé son expérience après avoir écrit « Gymnastics Olympic Trials » dans Google. Ils ont obtenu une liste de sites consacrés aux athlètes et aux événements masculins. Ce déséquilibre n’en est que plus choquant au vu de l’excellence historique des performances de Simone Biles. Si cette dernière ne peut vaincre les préjugés, qui le peut ?

Selon Mme Lebel, il est impératif d’enquêter sur la façon dont les jeunes filles se perçoivent et perçoivent d’autres filles et femmes dans le monde du sport. Nous devons examiner la façon dont nous, en tant que société, interprétons l’athlétisme et nous interroger sur l’impact des préjugés sexistes sur le pouvoir et le potentiel que nous voyons chez les athlètes féminines novices, émergentes et professionnelles. « Nous voulons utiliser les données pour tenter de briser les mythes ancrés et destructeurs sur le sport féminin », explique Mme Lebel. « Notre espoir est qu’en remettant en cause la trame de l’histoire, nous puissions donner du pouvoir aux filles et aux femmes dans le sport, tout en procurant aux décideurs les données dont ils ont besoin pour prendre des décisions plus équitables en matière de genre et progresser vers le changement. »

Pour y parvenir, il est essentiel de célébrer les exploits sportifs des femmes de la même manière que ceux de leurs homologues masculins, afin de normaliser le sentiment d’appartenance des jeunes filles au sport et, espérons-le, de les encourager à profiter davantage des bienfaits du sport tout au long de leur vie.

Il est également essentiel de rendre la couverture du sport féminin plus accessible et de la répandre. Comme l’a déclaré Professeure Lebel au Globe and Mail dans un article récent sur ce sujet, « il faut être un fan inconditionnel du sport féminin pour savoir quand ça passe [à la télévision]. »

Cela s’explique en partie par la sous-représentation des femmes dans le journalisme sportif. « Seulement 10 % des journalistes sportifs et 11,5 % des commentateurs sportifs aux États-Unis et au Canada sont des femmes. Seuls quatre pour cent de la couverture médiatique sont consacrés au sport féminin », souligne Mme Lebel. Lorsque les jeunes filles se voient représentées dans les médias grand public, elles découvrent davantage de modèles à admirer et à suivre.

Mme Lebel s’inspire des athlètes d’aujourd’hui dont le travail illustre le pouvoir, la confiance et les compétences des femmes dans le sport pour la prochaine génération. « Serena et Venus Williams sont des pionnières dans ce domaine. Je pense que nous voyons un nombre croissant d’athlètes qui assument leurs prouesses sportives. Au Canada, vous avez des athlètes comme Christine Sinclair, Brooke Henderson et Bianca Andreescu. Naomi Osaka, Megan Rapinoe et Sue Bird sont toutes en train de devenir des influenceuses culturelles majeures, et la liste ne cesse de s’allonger », explique Mme Lebel. « Ces femmes sont des championnes dans leurs sports respectifs et n’ont pas peur d’axer leurs marques sur leurs prouesses athlétiques. J’aime les messages qu’elles signalent et le travail qu’elles accomplissent pour inspirer la prochaine génération de filles dans le sport. »