Alors que les conversations sur les cultures sportives toxiques, les mauvais traitements infligés aux athlètes et la santé mentale prennent de l’ampleur, de nombreuses institutions et leaders canadien.ne.s se penchent sur des solutions pour créer des environnements sportifs plus sécuritaires. Les chercheur.euse.s du Safe Sport Lab de l’Université de Toronto, Dre Gretchen Kerr, codirectrice de l’E-Alliance, et Stephanie Dixon, athlète paralympique à trois reprises et candidate à la maîtrise, en collaboration avec Karen O’Neill, directrice générale du Comité paralympique canadien, travaillent à faire en sorte que les expériences et les récits des membres de la communauté parasportive soient entendus et que leur vision d’une culture sportive sécuritaire, plus inclusive et bienveillante se concrétise.

Pour y parvenir, l’équipe de recherche a lancé un projet axé sur la pratique sportive des athlètes handicapé.e.s, visant à recueillir les idées des participant.e.s vers des expériences sportives sécuritaires, inclusives et accueillantes. Les questions principales étaient les suivantes : comment reconnaître une expérience sécuritaire, inclusive et bienveillante quand elle a lieu ; que faut-il faire pour pérenniser ces expériences?

Les athlètes paralympiques (les athlètes actifs et retraités de l’équipe nationale et la prochaine génération d’athlètes), les parents, les entraîneur.euse.s, les administrateur.rice.s, le personnel sportif, les classificateur.rice.s et les administrateur.rice.s ont été invité.e.s à participer à l’étude. L’équipe tenait à obtenir un éventail diversifié de perspectives lui permettant de progresser vers des conclusions axées sur la recherche de solutions. « Beaucoup de littérature et de recherches courantes examinent la prévalence des préjudices dans le sport et les obstacles à la mise en pratique d’environnements sécuritaires », explique Mme Dixon. « Bien sûr, nous devons savoir quels sont les problèmes si nous voulons nous y attaquer. Mais aussi, une fois que nous avons une idée de ce qu’il se passe quand une pratique sportive est non sécuritaire pour ses participant.e.s au Canada, nous devons savoir ce vers quoi nous devons nous diriger. »

Les athlètes ayant participé au projet sont tous et toutes des handicapé.e.s. Cependant, Mme Dixon souligne que « certaines de leurs expériences peuvent également être influencées par de multiples systèmes d’oppression liés au genre, à la racialisation, à l’autochtonie et à l’orientation sexuelle ». Cette approche intersectionnelle fait écho au cadre et à l’approche de la recherche de l’E-Alliance.

« Il était important de se concentrer sur l’expérience concrète des parties prenantes du domaine du sport », explique Mme O’Neill, tout en reconnaissant qu’en sa qualité de PDG et de femme blanche cis-genre, il est primordial que les participant.e.s de cette recherche soient engagé.e.s et aient leur place dans cette conversation. Étant l’une des athlètes paralympiques les plus en vue au Canada, Mme Dixon intègre son incroyable expérience vécue au projet. Lorsque les membres de la communauté sportive handicapée se sont réunis au début de l’été, elle a fait part des priorités suivantes, qui sont apparues comme étant les plus importantes dans les observations :

Les valeurs du système sportif – Avoir la volonté de bâtir une communauté fondée sur des valeurs qui privilégient l’équité, l’inclusion, la transparence, la collaboration et l’offre d’opportunités tout au long de la vie d’un.e athlète.

L’éducation – Accroître la sensibilisation au handicap et à l’intersectionnalité dans l’ensemble du système sportif, en remettant en question les hypothèses et en donnant aux intervenant.e.s des outils d’inclusion.

La représentation – S’assurer que les voix des athlètes handicapé.e.s sont intégrées à la conception des programmes, veiller à ce qu’ils et elles occupent des postes de pouvoir et d’influence et à ce qu’une évaluation constante soit intégrée à ces programmes.

L’équipe reconnaît que les efforts actuels en faveur du sport sécuritaire au Canada ne sont pas nouveaux. Une tendance similaire a émergé dans les années 1990. Mais l’élan s’est estompé et de nombreux problèmes ont subsisté.

« J’ai bon espoir que ce soit différent cette fois-ci », dit Mme Dixon. « J’espère que nous comprenons mieux les différents types de préjudices, et comment ceux-ci affectent différemment les personnes. Les inégalités et les préjudices font l’objet d’une plus grande conversation dans le sport et au-delà. Et cela peut être accablant pour les personnes qui veulent faire partie du changement. Que faut-il faire à partir de là ? Je pense que la première étape consiste simplement à écouter les expériences des athlètes, de ceux et celles qui risquent de subir des préjudices. La voix des athlètes est incroyablement importante et les initiatives visant à lutter contre la maltraitance et les inégalités dans le sport doivent s’appuyer sur les expériences réelles des athlètes. C’est l’espoir qui sous-tend ce projet de recherche. »