Dr.e Travers est professeur.e de sociologie à l’Université Simon Fraser et rédacteur.rice en chef adjoint.e de la revue Gender & Society. Ses travaux portent en grande partie sur les enfants et les jeunes trans. Dr.e Travers a également publié de nombreux articles sur la relation entre le sport et la justice sociale, en mettant l’accent sur l’inclusion et l’exclusion des femmes, des personnes queer et des personnes trans de tous âges.

Dr.e Travers a un rêve : voir une femme jouer dans la Ligue majeure de baseball au cours de sa vie. Cet.te entraîneur.euse, athlète et universitaire dirige un projet financé par l’E-Alliance qui évalue la culture du baseball. Il s’agit d’un sport qui a toutes les raisons d’être mixte, mais qui continue à présenter des obstacles pour les athlètes qui ne sont pas des hommes, ainsi que pour les entraîneur.euse.s et autres dirigeant.e.s à tous les niveaux du jeu.

L’équipe de recherche du Dr.e Travers conduit une recherche avec les entraîneur.euse.s et les joueur.euse.s de la Petite Ligue de Baseball du Canada, de Baseball B.C. et de Baseball Canada. Les chercheur.euse.s recueillent les expériences vécues par les filles et les femmes dans ces organisations ainsi que celles des entraîneur.euse.s et des dirigeant.e.s. Les résultats du projet pourraient servir de base à l’élaboration de politiques et de pratiques exemplaires visant à créer un environnement plus accueillant, ce qui permettrait non seulement d’uniformiser les règles du jeu pour les filles du baseball, mais aussi pour d’autres personnes traditionnellement exclues du jeu.

« Le baseball a déployé des efforts considérables pour exclure les filles et les femmes », déclare Dr.e Travers. Jusqu’en 1974, la Petite ligue de Baseball interdisait aux filles de rejoindre ses équipes. « La ligue n’a commencé à autoriser les filles à se joindre que parce qu’une décision de la Cour suprême des États-Unis l’a forcée à le faire », explique Dr.e Travers. « Et la Petite ligue de Baseball a répondu à cette défaite juridique en créant la Petite ligue de softball et en y intégrant les filles. Donc, vous savez, ce n’est pas un simple hasard. Il y a une volonté délibérée de faire du baseball un sport exclusivement masculin ».

Les chercheur.euse.s ont réalisé plusieurs entretiens et, à la lumière de ces résultats et de leurs propres expériences de vie, Dr.e Travers a cerné le problème : être la seule fille, ou l’une des rares, peut être source d’isolement et exige souvent une force d’âme et une résilience qui ne devraient pas être un prérequis pour jouer. Les filles restent parce qu’elles ont une passion exceptionnelle pour le jeu.

Les taux d’abandon reflètent cette tendance. « Il y a un bon nombre de filles qui s’engagent dans les premières phases », dit Travers. « Mais dès qu’elles ont huit ou neuf ans, elles sont presque toutes parties. Je pense que les filles reçoivent le message que les garçons sont vraiment au centre du jeu. En tant que garçon, vous pouvez être un joueur de baseball ordinaire et vous sentir à votre place », souligne Dr.e Travers. « Alors que si vous êtes une fille, pour avoir un sentiment d’appartenance, vous devez vraiment être exceptionnelle ».

Dr.e Travers souligne que les entraîneur.euse.s peuvent avoir un impact considérable pour aider les filles à se sentir mieux accueillies, en allant au-delà du simple fait de permettre aux filles de jouer et en les soutenant ouvertement. « Les entraîneur.euse.s doivent travailler fort pour changer la culture et l’environnement afin que les filles se sentent les bienvenues. Non pas qu’il faille les traiter différemment des garçons. Il s’agit de les traiter avec le même respect et de croire qu’elles ont leur place et qu’elles peuvent exceller au même titre que les garçons. Par exemple, je pense que les filles sont très contrariées lorsque les entraîneur.euse.s utilisent un ton de voix différent ou des termes comme « ma belle » ». C’est également problématique lorsque les entraîneur.euse.s ne prêtent pas attention à la façon dont la dynamique de genre se joue parmi les athlètes, par exemple lorsqu’une fille est systématiquement la dernière personne à obtenir un partenaire dans les exercices ou les pratiques. « Si cela se produit constamment, c’est inadmissible. L’entraîneur.euse doit intervenir et mélanger les gens à tout moment, interrompre cette situation et se montrer très explicite ».

Dr.e Travers souligne que les filles ne se sentent pas non plus représentées dans le jeu d’élite, ce qui est problématique. Même si Kim Ng est entrée dans l’histoire en devenant la première femme à occuper un poste de directrice générale dans la Ligue majeure de baseball, cette institution demeure essentiellement réservée aux hommes. « Je pense que la Ligue majeure de baseball doit faire face à son problème d’iniquité professionnelle et être mandatée pour développer et recruter des filles et des femmes en tant que joueuses ».

Au fil du temps, ces facteurs peuvent s’accumuler, et les filles se lassent souvent et passent à la balle molle, où elles ne seront pas confrontées aux mêmes difficultés liées à leur genre. Cette ségrégation est d’autant plus illogique que le baseball est parfaitement en mesure de devenir un sport mixte.

Malgré ces obstacles, Dr.e Travers voit toujours le potentiel d’un changement considérable et «d’un travail culturel approfondi pour changer le climat et la structure décisionnelle, l’encadrement et le leadership dans le baseball afin de permettre aux enfants de tous les sexes de jouer ensemble, ce qui est particulièrement encourageant ».

Le baseball est une affaire de mécanique. C’est un jeu de jambes et de physique. « Hank Aaron, qui avant Barry Bonds était le roi du home run, disait qu’il n’y avait absolument aucune raison pour qu’une fille ne puisse pas jouer dans la ligue majeure de baseball », fait remarquer Dr.e Travers.

Des décennies plus tard, grâce à la contribution de Dr.e Travers et d’autres défenseur.euse.s de l’équité, le reste du monde du baseball finira peut-être par arriver aux mêmes conclusions.