Christelle Saint-Julien

« Un athlète noir n’est jamais qu’un athlète », déclare la Dre Ornella Nzindukiyimana, professeure adjointe au département de kinésie de l’université St. Francis Xavier, situé à Antigonish, Nouvelle-Écosse. Elle évoque les préjugés auxquels sont confrontés les athlètes noirs et le fardeau qui pèse sur eux à travers l’histoire. Si certaines de ces barrières existent encore aujourd’hui, elle en souligne la portée dans ses recherches sur les athlètes noirs à travers le XXe siècle.

L’un des principaux coupables est les stéréotypes : qu’ils se manifestent consciemment ou non, il s’agit d’une cellule dans laquelle les athlètes noirs se trouvent enfermés. Les préjugés vont jusqu’à croire que les athlètes ont du succès dans certains sports uniquement parce qu’ils sont noirs. « En 2021, nous ne sommes pas du tout éloignés de cette notion », constate Dre Nzindukiyimana. La liste des obstacles est longue : qu’il s’agisse des différentes façons dont on aborde les athlètes noirs sur le terrain ou dans les médias, ou du fait qu’on les voit rarement occuper des postes d’influence, par exemple comme entraîneurs, directeurs ou administrateurs. Globalement, leurs expériences n’ont pas été aussi largement historiquement documentées que celles des athlètes blancs. « Le sport est présenté comme étant la seule issue, la seule chose dans laquelle ils peuvent réussir », remarque Dre Nzindukiyimana.

Il faut reconnaître que certaines choses ont changé : comme elle le mentionne, personne n’empêche désormais un athlète noir de manger à l’hôtel, mais la professeure aspire également à de plus importants changements culturels tout en remettant en question les discours simplistes au sujet de ces athlètes. « Je suis très fatiguée d’entendre que les choses vont bien juste parce que les gens font l’éloge d’un athlète. Mon objectif est de sensibiliser la population à la réalité historique », explique la chercheuse. Elle reste cependant confiante dans l’avenir. « On pense souvent que les radicaux sont des gens pessimistes. Mais, en réalité, ce sont des gens qui imaginent quelque chose de mieux, qui ont une vision pour que ce qu’ils avancent puisse être mis en œuvre ». Ses récents travaux portent sur les femmes et l’intersection du genre et de l’ethnicité dans le sport.

Peu de gens ont écrit au sujet des athlètes noirs canadiens, ce qui a laissé le champ libre à des universitaires comme Dre Ornella Nzindukiyimana et sa collègue, Dre Janelle Joseph, membre du comité scientifique de l’E-Alliance et directrice de la recherche en ce qui a trait aux questions raciales. Parmi ses nombreux engagements, Janelle Joseph cherche à remédier au déficit d’opportunités en travaillant avec la Black Canadian Coaches Association. « Les femmes noires sont souvent absentes du portrait, mais ce n’est pas parce qu’elles ne prennent pas part au sport », explique-t-elle au sujet des athlètes et des organisatrices trop souvent ignorées.

 

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a emprunté cette voie, la réponse de Dre Nzindukiyimana est simple. « Il fallait que quelqu’un fasse le travail, pourquoi pas moi ? ». Cela signifie qu’il faut certainement relever des éléments qui n’ont pas été observés par les chercheurs précédents, ou trouver des mentors dans d’autres domaines. S’il est vrai que les athlètes noirs se heurtent à plusieurs des obstacles dans le domaine du sport, ces mêmes problèmes se posent également dans le monde universitaire. Profondément engagée au sein de la communauté avec des projets impliquant des jeunes et des femmes, Dre Joseph est entrée en fonction au poste de professeure adjointe du programme de Critical Race Studies in Sport et de directrice du laboratoire Indigeneity, Diaspora, Equity, and Anti-racism in Sport (IDEAS) à l’Université de Toronto l’an dernier, près de dix ans après avoir terminé son doctorat. Lorsque des travaux de recherche majeurs comme ceux-ci sont entrepris, on ne peut faire abstraction du chemin qu’il reste à parcourir.